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22 avril 2009
EDITORIAL : Pouria Amirshahi
De Durban à Genève : quel bilan, quelles suites ?
Dossier : Le Parti Socialiste lance ses 10
chantiers pour rénover l’école.
A l’initiative de Bruno Julliard, SN à l’éducation, le parti socialiste a publié un état des lieux de la politique éducative de la droite...
Portrait : Eric Thouzeau.
Entretien avec Eric Thouzeau, membre du CN du parti socialiste et syndicaliste à la CGT SNCF, co-auteur de Syndicalistes ! ed. Syllepses.
En Ligne : Point presse de Benoît
Hamon.
Le gouvernement est responsable de la monté de la radicalité.
Deux articles disponibles sur le site www.unmondedavance.eu.
EDITORIAL : Pouria Amirshahi
De Durban à Genève : quel bilan, quelles suites ?
Si la Conférence de Genève s’était tenue il y a un an, les clivages auraient sans doute atteint leur paroxysme: Georges Bush était encore président et la « Grande Confrontation » était encore à
l’ordre du jour. Mais deux facteurs modifient considérablement la donne : l’approfondissement de la crise économique mondiale qui oblige les Etats à préserver les espaces de coopération d’une
part, et la nouvelle stratégie états-unienne d’autre part, fondée sur la « main tendue » a priori aux gouvernements jusque là classés parmi les «ennemis».
Au final, les boycotteurs annoncés ont eu tort : boycotter, c’était laisser le champ libre aux adversaires des Droits de l’Homme. Participer, c’était se donner les moyens d’effacer Durban. La
démonstration a été faite, in fine, que la diplomatie et les rapports de force qui l’illustrent peuvent servir à quelque chose : malgré sa tiédeur, la déclaration finale de Genève fait référence
à l’Holocauste, dénonce l’antisémitisme et ne caractérise pas le blasphème – auquel il n’est d’ailleurs plus fait référence – comme une atteinte aux Droits de l’Homme.
Alors quoi : un partout, la balle au centre ? Tout ça pour ça ? Et maintenant ? Comment combattre le racisme (car telle était la question) ? Comment faire face au bloc desIntégrismes (c’était
devenu l’autre enjeu) ? Si Durban est désormais derrière nous, la vigilance est de mise face au racisme et à toutes les formes de discriminations. Et la pression internationale y peut toujours
quelque chose (rappelons que c’est l’ancêtre de Durban qui avait permis l’embargo contre l’Afrique du Sud de l’Apartheid, avec le succès que l’on sait). Mais c’est surtout dans sa façon d’aborder
la nouvelle période qui s’ouvre que les démocraties doivent faire bouger les lignes : mettre fin à l’affirmation d’un bloc occidental de plus en plus minoritaire mais toujours riche et dominateur
; ou prendre une autre direction, qui commence par admettre qu’il est des démocraties non occidentales sur tous les continents de la planète, égales entre elles, du Brésil au Sénégal, du Japon à
l’Afrique du Sud, de l’Inde au Vénézuela, en passant par l’Union européenne et les Etats-Unis, bien entendu.
C’est sans doute là le principal enjeu des années qui viennent car à trop vouloir occidentaliser les droits de l’homme, on fait le jeu de celles et ceux qui, de l’Arabie saoudite à la Chine,
nient à la Déclaration de 1948 sa portée et sa valeur universelles. Il s’agira aussi d’encourager la politique de la main tendue de la nouvelle administration américaine ;elle est de très loin
préférable à la Guerre du « West contre le Reste » qu’a engagée Georges Bush depuis 7 ans.
Le prolongement de Genève ne sera probablement pas une nouvelle Conférence de l’Unesco (ce qu’était à l’origine la Conférence contre le Racisme) mais le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU au
sein duquel les Etats-Unis d’Obama veulent reprendre toute leur place, mettant fin ainsi au boycottage de Georges Bush engagé en 2006. La question n’est pas de formaliser de nouvelles règles
normatives en terme de Droits de l’Homme, mais de se donner les moyens de faire avancer celles de 1948. Il existe des instruments pour cela à commencer par les instances internationales qui, tels
l’OIT,l’OMS et la FAO et par leurs recommandations, jouent leur rôle d’incitation auprès des Etats en matière de lutte contre la pauvreté et l’exploitation. Lutter contre les causes, encore et
toujours, en changeant radicalement les rapports de production, d’échange et de répartition des richesses dans le monde reste le meilleur moyen de donner du sens à l’esprit civilisateur de 1948.
Et de faire reculer, lentement mais sûrement, les haines qui brûlent encore et ceux qui les entretiennent.
Pouria Amirshahi, secrétaire national aux droits de l’Homme
Par son acharnement à démanteler l’école, la droite sape les valeurs du service public d’éducation et hypothèque le droit à l’avenir de toute une génération. Les effets de cette obstination se
font sentir : 150.000 élèves sortent sans qualification du système éducatif, des classes ferment dans tous les départements au mépris de l’école démocratique de proximité, l’insupportable échec
scolaire favorise la reproduction sociale, le taux de réussite au bac ne progresse plus depuis plus de 10 ans, des jeunes étudiants n’arrivent pas à s’intégrer dans l’enseignement supérieur, des
enseignants perdent foi devant l’ampleur de la tâche et le peu de soutien de la nation.
La droite a enfoncé l‘école dans une crise profonde et grave.
Nous aurions tort de limiter notre analyse de la politique éducative de la droite à une simple convergence des réformes vers une diminution des moyens. Au-delà
du désengagement politique, budgétaire et humain de l’Etat, c’est une véritable politique réactionnaire que le gouvernement s’obstine à développer par la mise en concurrence des établissements et
des personnels, par le retour à des doctrines pédagogiques dépassées, par la primauté systématique de l’ordre sur l’émancipation des élèves, par la promotion des meilleurs aux dépens des élèves
en difficulté, par la dévalorisation du travail des enseignants pour mieux élever la population contre une corporation « favorisée » et « inefficace ». On peut traduire cet acharnement par la
volonté d’affaiblir l‘école publique pour la rendre exsangue et finalement lui substituer, dans une étape finale, un modèle libéral alternatif, concurrentiel, inégalitaire et affranchir ainsi
l’Etat d’un poids trop lourd pour lui. Tous les socialistes seront, dans les semaines et dans les mois à venir, avec tous ceux qui défendent l’école et qui refusent qu’elle soit mutilée.
Cliver sur l’éducation.
Pour lancer notre réflexion sur l’école de demain, nous voulons éviter que nos débats ne se transforment en propositions de réformes catégorielles ou
sectorielles de l’éducation nationale. Il nous faut politiser l’enjeu. Il n’y a aucune raison que l‘éducation soit un thème où le consensus règne, bien au contraire. Pour les socialistes,
l’école est le premier lieu de la promotion sociale et de la lutte contre les inégalités. C’est pour cela que nous défendons des objectifs ambitieux : 100% d’une génération sortant avec une
qualification de l’école, 50% accédant à un diplôme de l’enseignement supérieur. A l’heure d’une crise économique et sociale majeure, il faut redonner priorité à l’école. Dans une société où les
inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes, l’école sera un moteur essentiel de la redistribution des richesses. C’est pourquoi les socialistes doivent sans faiblir porter le projet d’une
école gratuite et laïque.
Défendre la réussite de tous.
L‘école et l’ensemble des intervenants dans les politiques éducatives du pays, ont besoin d’être entièrement mobilisés sur cet objectif, ambitieux mais
nécessaire. Notre projet éducatif ne saurait se limiter à l‘école : nous devons proposer au pays un plan éducatif, allant de l’accès à la culture pour tous au rôle des associations d’éducation
populaire. Nous devons définir les contours d’un vaste chantier d’amélioration des méthodes pédagogiques, du primaire (voire de la petite enfance), qui voit les premiers décrochages scolaires, au
premier cycle universitaire, qui voit un étudiant sur deux abandonner ses études. Il nous faut favoriser l’accès à l’autonomie des jeunes, revoir les temps d’apprentissage, favoriser le
travail en équipes des enseignants et leur formation initiale. Nous devons concilier deux objectifs : amener le plus grand nombre possible d’élèves à un niveau de connaissances le plus élevé,
tout en favorisant l’apprentissage individualisé. La culture commune que nous voulons voir acquise par les élèves est composée de connaissances disciplinaires fondamentales mais aussi d’une
capacité de raisonnement et de recherche et d’une maîtrise des outils modernes. Nous devrons aussi fixer des objectifs d’apprentissages communs qui ne se limiteront pas aux seules matières «
fondamentales », mais qui s’ouvriront aux arts, à l’éducation physique et à la citoyenneté.
Pour lutter contre l‘échec scolaire, il appartient d’abord à l’école de garantir un apprentissage correspondant aux situations hétérogènes des élèves. A tous les niveaux, des dispositifs
pédagogiques doivent être créés ou renforcés pour permettre des passerelles entre filières professionnelles, technologiques et générales. Les outils oeuvrant à la réussite des élèves méritent
certainement d’être améliorés. L’instrument que constituent les ZEP doit être évalué et soutenu, en renforçant réellement les moyens qui leur sont accordés, en diminuant le nombre d’élèves par
classe et en augmentant sensiblement les dotations aux établissements concernés. De même, si la carte scolaire était sans aucun doute perfectible, elle seule pouvait garantir une mixité sociale
et contribuer à supprimer les ghettos scolaires.
L‘immense chantier qui s’ouvre à nous ne pourra en aucun cas être préparé par les seuls socialistes. Plus solidaires des enseignants et des personnels de l’école, plus proches des familles et des
élèves, en associant les organisations d’éducation populaire, nous ferons évoluer le système éducatif pour qu’il soit plus juste et plus efficace pour la réussite de tous. Mais c’est aussi à la
société dans son ensemble que le Parti Socialiste devra s’adresser. L’école de demain est un sujet majeur qui mérite d’être saisi par tous.
PRESSE : Benoît Hamon
La droite s’attaque à l’épargne populaire
Comme il le fera régulièrement ces prochaines semaines, Benoît Hamon a réagi en direct de son bureau rue de Solferino via sa
webcam.
Depuis début 2009, la consommation chute en France, en raison de la baisse du pouvoir d’achat des Français. Il est constitué essentiellement de deux types de revenus : les salaires et les revenus de l’épargne. Alors que la plupart des économistes disent qu’il faut aujourd’hui soutenir le pouvoir d’achat des ménages de façon à rétablir les capacités à consommer des Français pour remplir le carnet de commande des entreprises et permettre de créer des emplois, ou, à défaut, de les maintenir, le gouvernement a choisi de s’attaquer au taux de rémunération du livret A, soi-disant pour financer des mesures nouvelles. Vous aurez remarqué que dès lors qu’il faut financer ces mesures nouvelles, on ne s’attaquepas au bouclier fiscal mais à l’épargne populaire. Le cynisme de Mme Lagarde ne s’arrête pas là puisqu’elle choisi de baisser le taux des 46 millions de livret A la semaine même où elle allège l’impôt sur la fortune. On voit bien qu’il y a vraiment deux types de clientèle dans ce pays, qui n’ont rien à redouter de Mme Lagarde : les patrons dont la rémunération a été encadrée pour huit d’entre eux seulement par décret, et les plus riches dont on ne remet pas en cause le bouclier fiscal. Par contre, les Français peuvent savoir que les 46 millions de livrets A dont ils sont détenteurs verront leur rémunération baisser de 0,75 point, c’est-à-dire que le pouvoir d’achat qui est le leur à partir du mois prochain sera encore plus faible qu’il ne l’était ce mois ci.
Vidéo disponible sur www.parti-socialiste.tv
Insécurité : échec et visées électorales
AFP, 17 avril 2009. Benoît Hamon, porte-parole du PS, a estimé vendredi « qu’à l’évidence, le gouvernement a échoué à lutter contre l’insécurité » qu’il cherche à l’exploiter « à des fins
électorales ».
« La sécurité est un problème politique non résolu, le pays est moins sûr aujourd’hui qu’il ne l’était hier », a jugé M. Hamon, interrogé par l’AFP, alors qu’un déplacement de Nicolas Sarkozy sur
ce thème est prévu mardi à Nice.
« La pauvreté, les inégalités ont augmenté et simultanément, le choix de la politique du gouvernement a été de supprimer la police de proximité, d’organiser le démantèlement des services publics
», déplore l’eurodéputé.« L’échec de Nicolas Sarkozy n’est pas qu’un échec sur l’emploi, le pouvoir d’achat, il est un échec aussi sur la sécurité qui avait été son cheval de bataille », selon
lui.
« A part l’exploitation de l’insécurité à des fins électorales, on attend toujours une politique qui lutte efficacement contre l’insécurité », ajoute M. Hamon. « Comment ne pas s’émouvoir de
l’augmentation des violences faites aux personnes, de l’explosion des vols à main armée... »
« Tout ça est aussi le résultat d’une société dans laquelle hélas, le recours à la violence se multiplie, car les situations de détresse sociale, de désespérance, se multiplient et on attend des
pouvoirs publics qu’ils n’interviennent pas simplement pour réprimer », selon M. Hamon.
PORTRAIT : Eric Thouzeau
Pourquoi peut-on déjà qualifier le 1er mai 2009 d’historique ?
Historique car c’est la première fois, depuis la Libération, que toutes les organisations appellent à manifester ensemble. Historique par le nombre attendu de
manifestants. Historique car le soutien de « l’opinion publique » ne se dément pas. L’unité des organisations syndicales permet les mobilisations de masse. A noter aussi l’existence d’une
plateforme intersyndicale globale. C’est la première fois depuis la plateforme CGT-CFDT de 1966 qui avait été un des éléments qui avait permis Mai 68.
Comment vois-tu le rôle du mouvement syndical dans cette période ?
Il semble déjà loin le temps où Sarkozy osait dire que lorsqu’il y avait une grève, personne ne s’en apercevait. Ce sont maintenant séquestrations et occupations d’entreprises qui font la une.
Contre les licenciements et pour l’augmentation des salaires, il s’agit d’obliger patronat et gouvernement à renoncer à faire payer aux salariés une crise qui n’est pasla leur. Bien sûr, la grève
générale ne se décrète pas, mais faire converger, travailler au tous ensemble, c’est bien le rôle du syndicalisme. L’exemple de la Guadeloupe (même si la forme d’organisation qu’a prise l’unité
n’est pas directement transposable) est dans toutes les têtes. Cela bouge aussi au plan européen : après la grève générale en Grèce, les grandes manifs en Italie ou en Irlande par exemple, la
Confédération européenne des syndicats organise des rassemblements les 14, 15 et 16 mai à Madrid, Prague, Bruxelles et Berlin.
Quelles complémentarités vois-tu entre ton militantisme syndical et ton engagement au Parti socialiste ?
Le mouvement ouvrier a historiquement produit deux formes d’organisation : les syndicats et les partis se réclamant du socialisme. Les deux ont une fonction différente même si leur champ d’action
est le même. Ce qui importe, c’est que ce qui est du ressort du syndicat se décide au syndicat et nulle part ailleurs. Quant aux partis de gauche, ils se doivent de travailler au débouché
politique indispensable au mouvement social. J’ai toujours pensé que mes activités syndicales et politiques étaient complémentaires. Quand on se bat pour l’unité, le rassemblement et
l’unification du syndicalisme, cela va dans le même sens que lorsqu’on milite pour un front uni de la gauche et un parti de toute la gauche. Il s’agit de renforcer notre camp, celui du salariat
face au MEDEF, celui du Travail contre le Capital.
Eric Thouzeau, CN du PS, CGT SNCF, co-auteur de Syndicalistes !, ed. Syllepse 2008
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