Partager l'article ! Bulletin de liaison Un Monde d'Avance n°11: 8 avril 2009 EDITORIAL : Guillaume Balas Donner du sens, proposer un chemi ...
On le sait, il ne suffit pas de quelques grandes messes médiatiques, de quelques annonces plus ou moins crédibles pour que la grave récession économique que nous connaissons soit par miracle effacée.
Devant ce moment exceptionnellement grave, la gauche doit redonner du sens aux évènements, proposer un chemin nouveau. Elle doit répondre aux souffrances à court terme par un autre partage des richesses, par des protections nouvelles qui favorisent les plus fragilisés mais aussi l’ensemble des salariés. Elle doit aussi dès maintenant construire un nouvel horizon de société qui ne peut se résumer au replâtrage de l’existant. Pour être crédible et attractive elle doit afficher ses priorités, définir son timing et s’appuyer sur l’exceptionnelle unité du mouvement social.
Ainsi, les élections européennes qui viennent seront pour les socialistes le moyen de montrer comment l’échelon continental peut oeuvrer utilement face à la crise, elles feront la démonstration de l’échec de toutes les droites européennes conservatrices et libérales.
Prenons garde pour réussir de ne pas fracturer une gauche qui devra rapidement savoir s’unir, transcender les clivages actuels pour créer les conditions de la victoire aux élections
nationales.Prenons garde aussi à ne pas mélanger les moments, les débats, le médiatique et l’historique, l’accessoire et l’essentiel pour diffuser un message clair : face à la crise du
capitalisme libéral, la gauche, les socialistes proposent un chemin d’espoir, un avenir à construire ensemble.
Guillaume Balas, mandataire UMA 75, candidat aux européenne
Toutes les fanfares étaient convoquées, de l’orchestre philarmonique de New-York au plus petit orphéon, pour célébrer l’évènement historique de la réunion du G20 en ce début de mois d’avril. Obama complimentait Hu Jintao qui félicitait Sarkozy qui congratulait Merkel. Michelle Obama y allait même de son accolade à Elisabeth Windsor. Les peuples, quant à eux, n’étaient pas invités au bal. Ils auront simplement à payer l’intégralité des frais d’une crise dont ils ne sont en rien responsables.
Les décisions du G20 amplifieront la baisse de la part des salaires.
Le G20 a donné pour mission à l’OMC de mener à bien le cycle de Doha. La finalité de ce cycle est connue : livrer aux multinationales du Nord (mais aussi maintenant à celles beaucoup moins nombreuses du Sud) les forêts, les réserves naturelles et agricoles, les services publics qui avaient échappé à leur voracité. La pauvreté s’accroîtra donc encore au Sud et à l’Est pour permettre aux multinationales d’accroître leurs profits et de gonfler ainsi de nouvelles bulles spéculatives.
Alors qu’il faudrait augmenter les salaires directs, améliorer les prestations sociales et les services publics (santé, retraite, assurance chômage, transports, énergie…) pour faire redémarrer l’économie, le FMI conditionne, comme il l’a toujours fait, ses prêts à la réduction des déficits publics et des services publics, à la baisse des salaires et des prestations sociales. Il exige que la Hongrie ne verse plus de 13e mois à ses retraités. Il conditionne l’octroi d’un prêt à la Roumanie à une réforme de son système de retraites et de salaires. En Lettonie, c’est une baisse de 15 % du salaire des fonctionnaires qu’il exige.
La finance restera tout aussi peu « régulée » qu’hier.
À la demande du G20, l’OCDE a établi une liste de 42 « paradis fiscaux » mais sans le Delaware, le Wyoming, le Nevada, Hongkong, Macao ou la City de Londres.
Les « Hedge funds » (ou fonds spéculatifs) ont toujours de l’avenir. Il leur sera maintenant demandé de s’enregistrer auprès des autorités. Alors que la seule question qui se posait était celle de leur interdiction. Ils n’ont en effet aucune utilité économique, leur rôle est purement spéculatif.
Les rémunérations des banquiers et des traders sont renvoyées aux conseils d’administration des banques dont on connaît le zèle lorsqu’il s’agit de diminuer bonus et parachutes dorés.Les « innovations financières » qui avaient accéléré la propagation de la crise financières n’ont fait l’objet d’aucune décision sérieuse. Alors qu’il aurait fallu supprimer purement et simplement la « titrisation » des créances, il est simplement demandé aux banques de garder 5 % des créances qu’elles « titrisent » dans leur bilan, ce qui est dérisoire. L’ « effet levier » et les produits dérivés n’ont même pas été évoqués.
Quant à la libre circulation des capitaux, elle reste, avec le libre-échange généralisé des marchandises et des services, l’un des dogmes majeurs de la mondialisation libérale.
Jean-Jacques Chavigné, instances nationales
La posture du PS, qui consiste à présenter quelques propositions programmatiques, à chercher à assurer sa position dominante par rapport aux autres candidats de gauche et à compter sur le rejet de Nicolas Sarkozy pour capitaliser les voix de gauche au second tour, s’est avérée par trois fois inefficace. Cela risque de durer si les nombreuses ambitions personnelles, faciles à décrypter et contradictoires, continuent à paralyser tout choix stratégique.
Certains proposent de conserver la réponse «classique», en la complétant par l’organisation de primaires, afin de trouver le «bon» candidat censé sauver la gauche. Outre le fait que la méthode n’a pas été suffisante en Italie pour empêcher la défaite et que la culture politique américaine est très différente de celle de la France, chacun mesure bien que le choix des Français ne se fera pas seulement sur la personnalité du présidentiable, mais sur sa capacité à proposer une sortie de crise. De plus, cette méthode fait l’impasse sur la question majeure, qui constitue la condition essentielle de la victoire : l’unité de la gauche.
A la présidentielle, c’est toujours le camp le plus uni qui l’emporte. Il s’agira en 2012 de présenter un projet collectif en phase avec les attentes du peuple de gauche. Aucune des forces en présence ne peut prétendre le porter seule, pas même le PS. Sans l’unité, il ne sera pas possible d’élaborer une nouvelle synthèse qui dépasse les antagonismes passés, les rancoeurs accumulées, les procès d’intention plus tournés vers le passé que vers l’avenir. Sans l’unité, les Français demeureront dubitatifs sur la capacité de la gauche à gouverner et à transformer. Il y a urgence à lancer un nouveau Front populaire !
Imposer des mesures plus justes.
On ne plus s’en tenir à une référence formelle au rassemblement, sans définir comment le réaliser, sur quelles bases, avec qui, selon quel calendrier. Nous proposons, au contraire, une démarche éloignée des tentations mortifères de l’hyperprésidentialisation, qui mette en avant le projet, le programme, de façon à créer les conditions d’une reconquête et d’une victoire. Cette démarche comprendrait :
1 - L’organisation immédiate d’une «convergence des gauches» (politiques, syndicales, associatives, citoyennes) pour faire reculer le gouvernement, imposer des mesures plus justes, présenter une autre logique que celle de Nicolas Sarkozy.
2 - La création d’un «Comité pour un nouveau Front populaire», avec le même souci d’associer, avec les partis, toutes les forces qui s’engagent à gauche. Ce comité préparerait des «Etats généraux de la gauche», dégageant des thèmes fondateurs en vue de la mise au point d’une charte pour l’élection présidentielle, à achever avant mi-2010.
3 - L’élaboration, sur la base de cette charte, du programme d’un candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle.
4 - L’organisation de primaires, où les militants des organisations signataires de la Charte seraient consultés, prendrait alors tout son sens. La constitution de ce nouveau Front populaire est
la seule voie sérieuse pour organiser la victoire de la gauche en 2012. Les responsables politiques de la gauche seront-ils à la hauteur de cette attente ?
Marie-Noëlle Lienemann, députée européenne
Paul Quilès, ancien ministre, Animateurs du club gauche Avenir
PORTRAIT : Philippe Cordery
Tu es actuellement Secrétaire général du PSE, penses-tu que socialisme rime avec internationalisme ?
Bien sûr. L’internationalisme a toujours été une des valeurs fondamentales du socialisme. Mais rappelons la signification historique de l’internationalisme, à savoir l’unité et la solidarité internationale entre travailleurs. Aujourd’hui, face à la mondialisation libérale qui cherche à mettre les travailleurs en concurrence permanente, en organisant le dumping fiscal et social, il est indispensable de revenir à des valeurs internationalistes inhérentes au nouveau modèle de développement que nous proposons. Partis progressistes, syndicats, associations doivent être unis dans ce combat.
Alors que le PS va axer sa campagne contre les présidents Sarkozy et Barroso, penses-tu qu’il existe une Europe de gauche et une Europe de droite ?
Plus que jamais. L’Europe souffre aujourd’hui d’un manque de clarté politique. L’Europe est un cadre d’action au même titre que l’Etat ou les collectivités territoriales. De la même manière en Europe, les politiques menées dépendent des majorités politiques. Le nier c’est mettre l’idée même de la construction européenne en danger. A force de rejeter les politiques de l’Union sans savoir qui en est responsable, les citoyens finiront par rejeter l’institution elle-même.
Tu es candidat dans la circonscription Nord Ouest, quelle sont les enjeux de ces élections européennes ?
Nous devons faire prendre conscience aux citoyens que cette Europe qu’ils dénoncent à juste titre est une Europe dirigée à tous les niveaux par la droite. Sarkozy et Barroso, c’est la même
politique, le même bilan. Seul un signal clair des électeurs peut permettre de réorienter la politique européenne et stigmatiser l’impasse que constitue la politique actuelle. Impasse économique,
qui a mené à la crise systémique que nous vivons, impasse sociale, qui organise le moins disant social et impasse politique qui bafoue régulièrement les principes démocratiques. Une Europe de
gauche, dirigée par la gauche, est la seule alternative possible à cette triple impasse. Or, ce ne peut être qu’autour des socialistes européens que cette autre Europe se bâtira.
Philippe Cordery, secrétaire général du PSE, candidat aux européennes
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